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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 15:37

           

Entretien réalisé par Jan Harski 

 


J. H - Avant de commencer, je vais dire quelques mots qui résumeront ton parcours. Au terme de sept ans d'atelier sculpture, diplômée Architecte DEPV, dans les années 80, tu quittes la Pologne pour la France, Après quelques années fastes, tu prends tes distances avec le métier d’architecte pour retrouver dans le dessin et la peinture aux ateliers des Beaux-arts de la ville de Paris, une liberté de création.


ULESKI-photo-interview4-copie-1.jpgULESKI - Oui. C'est juste.



J.H - Commençons par un sujet... disons... controversé : s
i j'oppose la  peinture abstraite à la peinture figurative, tu réagis comment ?


ULESKI - C'est un débat stérile que cette opposition entre figuratif et abstrait. Nous les artistes dits "non-figuratifs", on se figure tous quelque chose en créant, même si... plus un peintre s'éloigne de la représentation de la nature, plus c'est difficile d'entrer en relation - en communion, on dira -  avec le grand public.


J.H - Tu vois, dernièrement j'ai cherché à comprendre la raison pour laquelle ta peinture s'est imposée à moi très vite. Il y a quelque chose de décisif dans chacune de tes toiles ; quelque chose qui remporte l'adhésion du regard... au premier regard, justement. Quelque chose de définitif aussi. Je crois que ce quelque chose dans ta peinture qui s'impose tout de suite, c'est le sujet : la forme ou les formes qui composent le sujet d'un tableau. C'est une peinture incarnée et généreuse. Je pense à Oiseau de feu .  Avec ta peinture, on est dans la création plastique "pure" ; un sujet clair, affirmé et qui agit immédiatement sur le spectateur et pas seulement à cause de tes couleurs. Je pense aux Compositions bleues, Ascensions, Folie carminée ; l'assurance de ton geste, sa netteté dans une toile comme A fleuret moucheté . Dans tes toiles, ces sujets renvoient à ce don que tu possèdes depuis ton plus jeune âge : le dessin. Et le dessin c'est aussi l'architecture. Tu as su dessiner bien avant d'étudier l'architecture, non ?


ULESKI - Je suis architecte et le dessin a toujours fait partie de ma vie. Il doit bien y avoir un lien. Les gestes qui ont été les miens durant ces années, on doit très certainement les retrouver dans ma peinture : dans les lignes et les formes.


J. H - Au sujet de l'architecture, je sais qu'il y a deux hommes que tu souhaiterais saluer.


ULESKI - Oui. Gérard Thurnauer et Serge Ketoff. J'ai travaillé pour eux et avec eux. Hormis leur talent, ils étaient aussi et surtout, des hommes généreux, des hommes de parole : des hommes d'honneur, d'une grande élégance d'esprit.


J.H - Tu peux nous dire un mot sur l'Association Ligne et couleur dont tu es membre.
 

ULESKI - L'association est composée d'architectes peintres, graveurs, sculpteurs et des dessinateurs. Ligne et Couleur compte aujourd’hui plus de 80 membres, tous architectes. L'association expose depuis un demi siècle dans des lieux prestigieux tant en France qu’à l’étranger.

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J. H - Continuons avec le lien que l'on peut établir entre la peinture et l'architecture. Je pense à des tableaux comme Urgent désir, Vertige, Sentinelles...

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ULESKI -  Quand je dessine un trait, j’habite déjà le lieu. Le plus souvent et d'instinct, j’y cherche la lumière et l'équilibre. Cela dit, un artiste peut toujours parler de ce qu'il crée, à mon point de vue, le processus de création engendre sa propre dynamique aussi : est-ce que ce sont mes mains qui travaillent ou bien, cette vision originelle qui guide mes mains ? Tout en sachant qu’on ne peut espérer approcher cette vision qu'une fois qu'on s'est mis au travail ; et le travail, à lui tout seul, représente déjà tout un environnement de contraintes et de résistances ; environnement qui peut altérer ma vision première. Avec le temps, l'expérience aidant, sans doute parvient-on à réduire la distance qui sépare l’œuvre achevée – c'est-à-dire : soi et son travail - de la vision originelle… On ne peut pas être conscient de tout... ou bien, prétendre tout maîtriser, tout contrôler, tout expliquer a posteriori, même si on doit pouvoir tout justifier.


J. H - Pas d'acte gratuit. Peindre, c'est aussi une autre manière de réfléchir. C'est un miroir ?
 

ULESKI - Il s'agit de faire émerger un sens, de le laisser se développer et proliférer jusqu'à ce qu'il s'impose enfin en tant qu'émotions qui ont très certainement quelque chose à voir avec mon vécu.
 

J. H - Si maintenant je mentionne le mot "couleur",  tu as envie de me répondre quoi à son sujet ?

 

ULESKI - La couleur pour moi, c'est l'émotion, l'expression de mon intériorité. L'extériorisation, la transposition picturale de mes émotions et de mes sensations. La couleur, c'est aussi l'énergie. Elle permet aux formes et la lumière d'émerger...
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J. H - Et le geste, le mouvement aussi ! Geste éclair parfois ! Je pense à A fleuret moucheté . Tes lignes sont indissociables de la couleur. La puissance de tes tableaux est dans tes couleurs mais aussi, dans ces figures qu'elles font ressortir. Je pense aux Improvisations :  la quatrième du nom qui impose un double regard : celui de loin et celui de près. De loin, les formes, les figures ! De près, ce qui est réellement donné à voir ; et là, c'est un tout autre tableau qui émerge. Pour revenir à la couleur : avec quelle audace, quel courage, tu utiles la couleur !


ULESKI - Les couleurs chaudes m'habitent. Je sais quelle puissance évocatrice la couleur possède. J'ai des périodes dans lesquelles certaines couleurs dominent ; il y avait le bleu ; en ce moment, c'est l'orange qui me domine. Et je ne sais pas pourquoi. C'est quelque chose d'inconscient.

J. H - Et si on raisonne "format"...


ULESKI - Je suis plus à l'aise avec des grands formats ; mes gestes peuvent s'y déployer.

J. H - La composition ? L'organisation de la surface ?


ULESKI - Alors qu'on parlait de musique, toi et moi, il y a quelque temps, tu m'as dit : "Seul le silence permet à la musique de se faire entendre."


J. H - Oui. Et ça donne des compositeurs comme Werbern ou bien Boulez.


ULESKI - En ce qui concerne la peinture, dans certaines de mes toiles, je pense que seule une surface laissée quasi vierge, permet à ce qui est donné à voir, d'être vu. C'est un des acquis de la peinture moderne le fait que le dessous puisse occuper une surface plus importante que le dessus, et qui plus est : un dessous non "traité", à peine "touché".


J. H -Tu penses à des toiles comme Sans titre ,  A fleuret moucheté ?


ULESKI - En autres. Dans la toile "A fleuret moucheté", le dessous est travaillé.


J. HL'empâtement, tu peux nous en parler ?

 

ULESKI - L'épaisseur des couches superposées permet de créer du mouvement et de la tension. Ca donne aussi un effet de bas-relief. Cela permet à la troisième dimension d'être ressentie physiquement, je dirais. Mais il ne s'agit pas seulement de créer un effet. Cet empâtement correspond aussi à un besoin. J'ai besoin du contact avec la matière. J'ai besoin de la toucher, de la façonner. C'est physique. Le premier enseignement artistique que j'ai reçu en Pologne, c'était la sculpture.

 

J. H - On peut parler de sensualité au sujet de ce travail physique ?

 

ULESKI - Surtout !

 

J. H - Et l'acrylique ? Puisque tu travailles principalement la peinture acrylique.

 

ULESKI-photo-interview-2.jpgULESKI - Elle convient à mon expression. L'acrylique permet plus de spontanéité. Et j'en ai besoin puisque je travaille sous l'emprise d'une pulsion, d'un besoin impératif de me mettre au travail. C'est bien connu de tous ceux qui utilisent cette matière : avec l'acrylique, les temps de séchage étant très courts, on peut intervenir tout de suite et continuer de construire, de composer sur la toile.

 

J.H - Tu es une artiste, et tu es peintre. On oubliera les termes tels que "peinture abstraite" ou bien "peinture non-figurative" qui ne sont pas des termes satisfaisants te concernant... mais dis-nous : comment choisit-on en tant qu'artiste-peintre de ne pas représenter le réel : scènes familières, objets symboliques, figures humaines, paysages, portraits, natures mortes et ce qu'on peut aussi appeler "la peinture narrative" ? Comment fait-on ce choix ? Et puis, pourquoi ?


ULESKI - Il y a un parti-pris chez l'artiste, c'est sûr ! Et puis, un penchant naturel. En peinture, le plus souvent, mon regard s'est dirigé instinctivement vers des peintres que l'on dit "abstraits. Cela dit, si la décision de ne pas se situer dans une représentation concrète du réel est une décision consciente, les raisons qui me poussent à faire ce choix, ces raisons-là restent inconscientes. Et c'est mieux comme ça. Si je savais pourquoi je peins ce que je peins, je cesserais sans doute tout simplement de peindre.


J. H - C'est de ton imaginaire dont tu parles là ?

 

ULESKI - C'est ma pulsion...

J.H - Une sorte de nécessité intérieure ?

ULESKI - Oui. Ma pulsion et mon imaginaire qu'il faudrait que j'interroge et je n'y tiens pas particulièrement. J'aime cette pulsion et j'aime succomber à cet imaginaire qui est le mien... et ça donne les toiles que tu connais.


J. H - Avec ta peinture, le lien se fait très vite. C'est bien ça qui me frappe au premier regard : le caractère concret et incarné de tes toiles. Les formes sont habitées. Tu inscris ton travail de peintre dans quelle école, dans quel mouvement ?



ULESKI - L'Art pour moi, c'est une libération ; alors, je n'ai pas envie de m'enfermer dans un mouvement ou dans une école. Il n'est pas nécessaire d'affecter une étiquette à la peinture. En tout cas, ce n'est pas à moi de le faire. Il y a des historiens pour ça.

 

J. H - On peut parler d'expressionnisme et de lyrisme à ton sujet. Je pense aussi à une peinture de geste comme il y a eu au Moyen Age, ce qu'on a appelé la chanson de geste. Une peinture avec une forte dimension épique donc. Je pense aux tableaux comme Folie carminée,  L'envol d'Icare



ULESKI-photo-interview.jpgULESKI - Disons que je me réfère souvent à l'abstraction lyrique. Cela dit, je pense que tout doit avoir sa raison d'être dans une toile : pourquoi telle technique, telle couleur, telle composition, telle facture... là en particulier, là et pas ailleurs etc... et cette raison doit appartenir à l'artiste. Ce qui doit lui échapper... doit vraiment être ce qui... devait lui échapper ! Pour le reste... je préfère penser à un artiste responsable de ses choix.


J.H - Dis-moi, comment tu vois ta peinture dans les années à venir ?


ULESKI - Je ne sais pas. Chaque toile est un nouveau défi. Je ne souhaite pas peindre le même tableau. Je ne tiens pas à développer un style qui ne serait qu'une sorte de... carte de visite ou bien, devenir un artiste avec une charte graphique. J'espère pouvoir me renouveler à chaque fois. Il y a le défi : se mesurer soi-même ! Allez toujours plus loin et ailleurs aussi. 

 

J. H - Tu penses à  Humain, trop humain... et Révélation ?

ULESKI - Oui. Entre autres toiles... 


J.H - Tu as parlé de pulsion tout à l'heure, mais derrière cette pulsion il y a aussi l'ambition, sans aucun doute.


ULESKI - Prendre des risques.


J.H - A une époque où des artistes peuvent être tentés de s'en tenir au vide et à sa représentation, toi, en revanche, tu peins "le plein" et... à ras-bords parfois. Chez toi, l'être est rayonnant et comblé.

 

ULESKI - Pour moi l'art, c'est la célébration de la vie : énergie et mouvement. Les artistes sont par définition ouverts au monde, mais ils doivent aussi être capables de s'en protéger. Leur hyper-sensibilité les y oblige puisqu'elle peut... disons... les fragiliser. Pour ma part, je travaille sous l'emprise de l'émotion. Cela dit, que le désespoir soit dans la vie de l'artiste ou bien dans son époque, le désespoir ne doit jamais gagner. Les époques les plus terribles ont engendré les oeuvres les plus belles : belles dans le sens de... oeuvres qui célèbrent la vie. Quelle que soit l'époque dans laquelle on se trouve - aussi sinistre soit-elle - on doit pouvoir continuer de célébrer la vie, célébration du plaisir, de la joie. Jubilation ! L'art doit pouvoir nous arracher à notre existence pratique, nous permettre de nous en échapper, nous en libérer pour illuminer et révéler une autre existence, une autre réalité, une autre conscience, une autre perception de soi et de l'univers.


J. H - Parle-nous de tes influences - ou si tu préfères -, dis-nous quels sont les peintres contemporains dont tu aimes les oeuvres.


ULESKI - Zao Wou-Ki sans aucun doute. Pierre Soulages aussi et ses alternances entre surfaces planes et surfaces striées et le jeu avec la lumière.


J. H - Tu me parles souvent de Cocteau...


ULESKI - Oui. Il est à la fois antique, classique et révolutionnaire. J'aime le monde féerique qui l'entoure et qui l'inspire. C'est un esthète au jugement sûr.


J. H - Et puis, il y a  Léonard de Vinci. Pour toi, il symbolise Le Créateur, le chercheur insatiable ?

 

ULESKI - C'est l'Artiste complet : novateur, précurseur, chercheur. Durant mes études en architecture, il aura été une référence, la référence indépassable. Son oeuvre, son travail, son courage, son obstination me fascinent.


 J. H - Parle-nous un peu de ceux qui s'intéressent à tes toiles ?

 

ULESKI - Ce sont des gens de tous horizons, des passionnés de peinture contemporaine, des collectionneurs et puis, ceux qui aiment la peinture, tout simplement. Cela dit, une toile que je cède, c'est une toile dont je me sépare et je m'en sépare toujours un peu à regret. Alors, j'aime faire la connaissance de la personne qui fera l'acquisition d'un de mes tableaux.
Je n'aimerais pas penser que j'abandonne mes enfants que sont mes toiles, à un orphelinat.


J. H - Je vois. Si on oublie "la commande", aujourd'hui, un artiste peint sans savoir ce qu'il adviendra de son tableau.


ULESKI - Et pourtant, il y aurait tant à faire. Je pense à la peinture murale, les fresques, tous ces bâtiments publiques et privés : les façades et les intérieurs aussi. On devrait sortir la peinture des ateliers, des musées et des galeries d'art. Que tout le monde se l'approprie, cette peinture dite "moderne, abstraite et contemporaine". Qu'on puisse la trouver dans tous les lieux de vie : lieux publics, lieux privés, chez-soi, et puis aussi : dans les lieux de travail aussi."

 

                                                   ________________________      


 

Pour prolonger, cliquez :


Hagiographie  

 

CV artistique de l'artiste ULESKI
   


 

Copyright © 2011. ULESKI. Artiste peintre contemporain, Peinture abstraite, Peinture contemporaine, Paris.Tous droits réservés.

  

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Published by Ursula ULESKI Artiste peintre - Peinture contemporaine ULESKI - dans Peinture acrylique contemporaine abstraite ULESKI
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commentaires

magnetic balls 29/04/2014 10:49

I am sure that your opinion can be so much helpful for many people who wish to build up a career like yours! I really enjoy watching paintings and it is delightful that I found this share. All the best for your efforts.

Ursula ULESKI 29/04/2014 18:32

Thank you for your comment. Do not hesitate to come back. You will always be welcome.

Procacci Martine 14/03/2011 11:13



Bonjour,


Je souhaite que l'on se rencontre pour parler de l'exposition,


bien entendu nous assumerons les frais de transport.


 


Dans l'attente de vous rencontrer bientôt.


 


Cordialement  Martine Procacci 



Procacci Martine 01/03/2011 14:17



Madame,
 
Je suis animatrice au Centre de Médecine Physique et de Réadaptation de Bobigny (CMPR), c'est un centre qui accueille 160 patients
pour une durée de +/- 45 jours.
Nous organisons très régulièrement des expos ainsi que des concerts.
 
La culture au CMPR agrémente le séjour à l’hôpital.
L’hospitalisation est un moment particulier dans la vie de nos patients qui les rend plus sensible à l’émotion. En organisant toutes sortes d’événements culturels musique, danse, théâtre,
expositions de sculptures photos et de peintures….), je tente de donner à nos patients une ouverture aux domaines des arts.
 Pour les personnes hospitalisées, la culture introduit un peu d’imprévu dans le rythme de la journée ponctuée par des actes thérapeutiques.
 Les projets culturels permettent de tenir compte des besoins culturels et intellectuels des patients.)
 
Je vous invite à découvrir notre établissement, vous pourriez exposer au centre pour l'inauguration de notre extension en septembre.
Nous recevrons pour cette occasion tous nos partenaires.
 
Vous pouvez me contacter pour Tel au 06-86-84-01-21
 
CMPR de Bobigny
359 avenue Paul Vaillant Couturier
93000 Bobigny
 
Cordialement Martine Procacci



ULESKI peinture contemporaine abstraite 05/03/2011 18:02



Bonjour,


 


Je reviens vers vous après quelques jours d'absence. Merci d'avoir pensé à moi pour cette inauguration-exposition dans cet établissement hospitalier de Bobigny.


 


Je suis plutôt favorable à votre proposition à la condition que vous puissiez mettre à ma disposition un véhicule avec chauffeur pour le transport de mes oeuvres. En effet, tel est le plus
souvent, le service que l'on me propose en pareil cas.


 


Dans l'attente de vous contacter de vive voix afin que nous puissions en parler ensemble...


Cordialement Ursula ULESKI